jeudi 29 mai 2014

Ci-gît l'IDV (2009-2014)

RIP IDV
"Avec ce décret, c'est la fin de la majorité des secondes carrières en mobilité externe. Si l'élève est réellement le centre des préoccupations, vaut-il mieux un enseignant démotivé, aigri, devant ses élèves, ou un chef d'entreprise heureux de développer sa nouvelle activité, peut-être porteuse de nouveaux emplois ?"


À qui le dites-vous ! 



Une pensée compatissante pour tous les enseignants qui rêvaient de bénéficier de l'Indemnité de Départ Volontaire pour rebondir, certains d'entre eux pour retrouver un nouveau souffle...

Une pensée dédaigneuse pour cette administration passéiste qui fait souffrir comme bon lui semble...

Une pensée égoïste pour ma décision, prise au bon moment (sueurs froides...)




La suppression de l'Indemnité de Départ Volontaire pour projet personnel et création d'entreprise va accroître le nombre de congés maladies

La suppression de l'Indemnité de Départ Volontaire pour projet personnel et création d'entreprise, qui fut l'une des innovations majeures du Gouvernement FILLON pour diminuer les dépenses de l'Etat sur le long terme et pour encourager le développement de parcours de mobilité différenciés est une erreur majeure.

En effet, quel intérêt d'empêcher les agents qui se sont investis de 10 à 25 ans d'ancienneté dans le service public de bénéficier d'une possibilité de reconversion financée, alors que les résigner à rester fonctionnaires les conduira vers les congés de longue maladie et de longue durée qui in fine coûteront bien plus cher à l'Etat ?

Combien d'agents renonceront à créer leur entreprise, qui aurait pu être l'un des leviers de la baisse du chômage dans notre pays ? Car c'est par l'innovation et l'esprit d'entreprendre que notre pays peut s'en sortir, et doit, s'en sortir. Or, avec ce décret n°2014-507 du 19 mai 2014, une régression colossale a été mise en oeuvre.

Quelles formes de reconversion propose l'Education nationale aux enseignants ? Quel ballon d'espoir pour sortir de l'enseignement et s'épanouir ailleurs ? En dehors de concevoir des dictionnaires imposants de profils de compétence très détaillées, peu de postes proposés, moins de 150 reclassements par an proposés à ceux qui n'en peuvent plus, de moins en moins de possibilités en PACD et PALD, et c'est une entreprise de démotivation d'ampleur, de désillusion, que va générer ce décret, dont nous espérons ne jamais voir paraître les circulaires d'application.

Nous en venons à nous demander si les effets potentiels de la suppression de l'IDV ont été bien mesurés. Alors que plusieurs études montrent bien que près de 40% des enseignants aimeraient faire autre chose en cours de carrière - de plus en plus longue et pénible - force est de constater qu'il manque une anticipation, une stratégie, et que les moyens pour satisfaire les attentes et les besoins se réduisent considérablement.

Avec ce décret, c'est la fin de la majorité des secondes carrières en mobilité externe. Si l'élève est réellement le centre des préoccupations, vaut-il mieux un enseignant démotivé, aigri, devant ses élèves, ou un chef d'entreprise heureux de développer sa nouvelle activité, peut-être porteuse de nouveaux emplois ?

C'est le monde à l'envers. Toutes les meilleures idées de ces dernières années jetées aux orties.

Aide aux Profs écrira début juin 2014 son mécontentement au Président François HOLLANDE en lui détaillant les conséquences prévisibles de l'application de ce décret. Les milliers d'enseignants qui nous contactent en effet chaque année par dépit d'un métier dont ils ne supportent les conditions de travail (dans les établissements difficiles, dans les zones de remplacements, qui concernent de plus en plus de jeunes enseignants, il y a de quoi s'alarmer) finiront par se détourner, à leur tour, de ceux qui leur ont fait tant de promesses.

- Il eût été moins coûteux de conserver l'IDV et de l'appliquer dans l'esprit du texte d'origine, que de vouloir recruter 60 000 enseignants pour 43 ans d'activité. 

- Il eût été moins coûteux de recruter des enseignants par contrat de différentes durées, ce qui aurait permis de diminuer le chômage des cadres, puisque l'on exige Bac+5 désormais. 

- Il eût été moins coûteux de former ces cadres dans les ESPE, afin de faciliter un turn over dans un univers clos où la majorité des agents sont fonctionnaires. 

Pourtant, une plus grande flexibilité permettrait de ne plus considérer ce métier comme "à vie", 43 ans devenant une perspective douloureusement accessible pour bon nombre de professeurs des écoles et de collège, qui partiront bien avant l'heure, amputant leur retraite des 5 meilleures années, se condamnant à des retraites précaires. C'est dans 10 à 15 ans que le problème se présentera. Il sera alors trop tard pour s'en alarmer. 


Association Aide aux Profs,

Mouvement associatif de seconde carriere des enseignants

10 commentaires:

Anonyme a dit…

BONJOUR
A votre avis, y-a-t-il quelques espoirs pour que le gouvernement revienne sur ce décret?
Merci de votre réponse
Cordialement
DL

Pascal Le Mée a dit…

J'ai mis du temps à répondre car j'ai cherché une réponse à votre question... en vain...


Anonyme a dit…

J'ai eu le rectorat il y a quelques jours. Ils m'ont confirmé que l'IDV est suspendue UNIQUEMENT pour les convenances personnelles.... Encore possible à obtenir donc pour création d'entreprise. En revanche, ils m'ont informé que, sur décision académique, je dois attendre septembre 2015 afin de démissionner ????? Y aurait-il dans l'air une généralisation la suppression du dispositif ? Quelqu'un peut-il m'informer ? Merci d'avance.

Pascal Le Mée a dit…

Encore une lubie de leur part ? Et pourquoi pas à partir du 12 septembre à 11h32 ??
Sérieusement, demandez à Aide aux Profs, je pense qu'ils pourront vous renseigner


Quitter l'école a dit…

Bonjour Pascal,

je me permets de t'envoyer un lien vers le blog que je suis en train de créer à propos de mon départ de l'Education Nationale. J'y ai inséré un article mentionnant ton blog et la page sur ton gîte de Versailles. Voilà le lien: http://quitterlecole.fr/quitter-lecole-ouvrir-gite-urbain/

Pascal Le Mée a dit…

@ Quitter l'école > Merci ! je viendrai prendre de vos nouvelles régulièrement !


Anonyme a dit…

Bonjour,

Moi aussi je réfléchis à une reconversion et j'aurai besoin de cette IDV. En relisant le décret de 2014, l'article 3 spécifie bien que si on monte une entreprise, il n'y a pas besoin d'une restructuration ou suppression de poste. Ouf!!
Bon moi c'est pas pour de suite, d'ici là ça a encore le temps de changer!!
Je fais un copier/coller de l'article 3:
Article 3
Modifié par Décret n°2014-507 du 19 mai 2014 - art. 8

Nonobstant les dispositions de l'article 2 du présent décret, l'indemnité de départ volontaire peut être attribuée aux agents mentionnés à l'article 1er qui quittent définitivement la fonction publique de l'Etat pour créer ou reprendre une entreprise au sens de l'article L. 351-24 du code du travail.

Dans ce cas, les dispositions concernant la suppression du poste ou sa restructuration mentionnées à l'article 1er du présent décret ne s'appliquent pas.


Pascal Le Mée a dit…

@ Anonyme> Oui, ouf ! Mais à mon avis ça ne durera pas des années...


FrenchCrow a dit…

L'ennui, c'est que la circulaire n° 2014-156 du 27-11-2014 vient de "conseiller" aux recteurs / IA / DDEN de plafonner à 50% du maximum prévu par le décret (24 mois de traitement), donc de diviser par 2 par rapport aux montants d'IDV précédemment attribués.
En cas de création d'entreprise, l'IDV est perçue en 2 fois : la moitié à la création, et l'autre moitié après le 1er exercice.
Ainsi par exemple un agent ayant plus de 10 ans de service partira monter son entreprise avec la moitié des 25-50% maxi, soit 12,5 à 25% du maximum de 2 ans de traitement (qui était rarement voire jamais accordé auparavant), soit 3 à 6 mois de salaire. Pas de quoi vivre en attendant qu’une entreprise démarre, ça ne fait guère de doute.
Le ministère de l'EN vient de tuer l'IDV pour création d'entreprise.
Heureusement que le 1er ministre "aime l'entreprise" !
Notez bien que les autres fonctionnaires continuent a priori à bénéficier de l'IDV calculée normalement, et même que l'IDV pour projet personnel existe encore pour certaines catégories d'agents...

Pierre a dit…

Bonjour, je me réjouis moi aussi d'avoir quitté le navire il y a deux ans et d'avoir réussi à faire plier le Rectorat sur le montant de l'IDV. Je n'ai pas le temps de raconter tous les détails ni de scanner tous les courriers échangés, mais j'ai essayé de raconter quelques étapes sur un site... Plus nous serons nombreux à en parler et plus nos collègues seront tentés de franchir le cap en voyant qu'il y a une vie en dehors de l'éducation nationale...

http://www.idv-enseignants.com/

Bon courage à tous... c'est un moment difficile à passer mais une fois la démission validée... et l'IDV versée... c'est la libération.

Pierre