mercredi 15 juin 2011

On a failli acheter - 4/4

À force de recherches poussées dans le Morbihan, je tombe un jour sur une propriété qui me fait dire: "C'est celle-là." Sur trois hectares de terrain, un ancien moulin à vent a reçu une extension en bois qui transforme l'ensemble en une maison qui a du cachet. Sur le terrain existe une chaumière, le tout se situe non loin d'Allaire dans le Morbihan. 350 000€, pas donné, mais un côté insolite inestimable.


Nous effectuons une visite courant juin, et de retour à Versailles je me replonge dans mes calculs. Yourte, Carré d'Étoiles, chaumière réaménagée, je prends contact avec tous les fournisseurs pour avoir une idée la plus précise du coût. 
J'élabore aussi une carte thématique des "choses à faire en tant que touriste" aux alentours, ainsi qu'un répertoire des lieux ou des événements pouvant amener une clientèle: facultés, grandes écoles, festivals, attractions... La fonction "Mes adresses" de Google Maps est très utile à cette fin: on peut attribuer des symboles, des couleurs différentes à chaque lieu repéré, et mémoriser le tout.

Je suis emballé, excité, et pourtant quelque chose me freine encore. Devrai-je subir ces freins pendant toute ma reconversion, tributaire de ce mélange de culpabilité et d'irréalisable qui me hante ? Est-ce que mes intuitions sont à écouter ? Quitter un métier qui offre la sécurité de l'emploi pour un métier à la rentabilité aléatoire a de quoi faire peur, mais est-ce qu'au delà de cette peur légitime il n'y aurait pas des doutes réels liés à la faisabilité de mon entreprise ? Pas évident de faire la part des choses...

Il y a des coups de frein tangibles: le terrain de cette propriété n'est pas constructible. Et comme je le disais dans un précédent article, vouloir aller à l'encontre de la loi même si cela est justifié relève de l'utopie... J'écris pourtant au maire d'Allaire, une longue lettre lui expliquant mon projet, ses retombées économiques pour la commune; il me rappelle au téléphone, me disant en substance qu'il ne peut rien pour influencer les décisions d'urbanisme...

Et puis il y a des coups de frein de l'ordre du ressenti: d'une part s'imaginer vivre là-bas, c'est-à-dire s'installer, déraciner la famille, faire son trou alors qu'ici à Versailles la vie n'a rien à voir avec celle qu'on vivait avant de déménager. La maison de Porchefontaine est à nous, les filles se sont fait de nouvelles copines, ma femme et moi avons des amis fidèles autour de nous, sans compter la famille...

D'autre part, le jeu en vaut-il la chandelle ? Nous avons été cinq jours en juillet dans un camping 4 étoiles, donc avec des aménagements fonctionnels et jolis, fruits de réflexions poussées et de travaux conséquents.  Toutes les nuits nous avons été réveillés par des gens qui se fichaient éperdument du sommeil des autres. À aucun moment le respect des horaires n'était respecté. Tous les matins en me promenant je constatais les dégradations, barrières arrachées, bouteilles d'alcool abandonnées...
Et si moi dans ma propriété, pour laquelle j'aurais investi toutes mes économies, dans laquelle j'aurais emmené toute ma famille, que j'aurais aménagé pendant des mois afin qu'elle soit digne de recevoir des touristes de la même manière que moi j'aimerais être reçu en vacances, si tous ces efforts n'étaient pas récompensés et qu'au contraire des connards saccageaient mes aménagements? Si ils se fichaient des normes ? Et si durant les premières années, avant de pouvoir sélectionner mes hôtes ou qu'une sélection tacite se fasse (tel lieu attire tel public), je devais supporter des insupportables, tout en  motivant mes proches, contraints par mon désir de changement à s'intégrer dans un petit village pas forcément accueillant ? Mes parents ont eu une maison  au fin fond des Côtes d'Armor, et même s'ils connaissaient leurs voisins, même s'ils ont même tissé des liens d'amitié avec certains, ils sont restés "Les Parisiens" dans la tête des habitants...

Voici les grandes vacances, la famille est réunie, au bord de la mer, on en profite, ça fait du bien, mais l'angoisse pointe quant à la rentrée... Je n'ai pas trouvé de propriété idéale, et au-delà de ce fait je me demande si tout ça est une bonne idée...






2 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut Pascal!
merci pour ce témoignage, le partage de tes désirs, de tes doutes : le partage de ta vie d'homme en bref.
quand on a pris le chemin comme toi, rien ne peut arrêter le désir de se manifester. Bon, la désir amène du neuf : donc c'est de plus en plus d'imprévu, et de moins en moins de contrôle! mais les fruits (pour soi, et ses proches) sont des bonnes balises pour savoir si l'on ne se trompe pas.
Bonne route!!

ThiBAut

Unknown a dit…

Merci pour ce commentaire bien senti, ça fait plaisir ! La route est en effet chaotique, mais paradoxalement, les nids-de-poule me font sentir le plaisir d'être maître de sa vie
ThiBaut... Est-ce qu'on se connaît ?