mercredi 9 juin 2010

Disponibilité de droit

Tandis que mes recherches immobilières se poursuivent, un peu dans le vague, et que nous commençons doucement à faire quelques cartons, j'angoisse de ne pas savoir comment me sortir de ma situation vis-à-vis de l'éducation nationale. J'alterne entre la colère face à cette administration hermétique et un sentiment de lassitude et de doute. T'as voulu essayer de quitter l'école, hein, ben pas de bol, on a bien bossé dans nos bureaux pour que ça soit quasi impossible.

Tellement d'incertitudes, d'hypothèses, de plans sur la comète, de conséquences conditionnées... Au moins il me faudrait un fait tangible.
Je fouille les forums, le BO, pour enfin trouver une solution: la mise en disponibilité de droit. Moyennant une entourloupe, voilà une possibilité beaucoup plus sûre.

Contrairement à la disponibilité demandée pour monter une entreprise, dont le dossier doit être rendu à une période précise de l'année et qui peut être refusée par l'inspecteur, une disponibilité de droit se demande quand on en a le besoin, et est accordée d'office.

On peut demander ce type de disponibilité pour rejoindre son conjoint, s'occuper d'un membre malade de sa famille, ou (entres autres) pour élever son enfant de moins de 8 ans.

Voilàààà. S'il faut passer par de la magouille, magouillons ! Après tout, la sinuosité extrême des mesures prises pour gérer la mobilité des profs a pour conséquence mensonges, tricheries, fausses déclarations etc. Je pense qu'ils savent tout ça dans leurs bureaux, mais le temps que ça bouge...

Ma deuxième fille a 4 ans dans 2 mois, ça me laisse 4 années pour mener à bien mon projet.
Je demanderai donc à être mis en disponibilité dès la rentrée scolaire.

D'ici là, on oublie un peu tout ça, de toutes manières les grandes vacances ne sont pas la période propice à la vente de gîtes, c'est à ce moment qu'ils sont loués, on verra à la rentrée.


Départ en Juillet pour la Vendée, dans ce gîte (celui qui m'a charmé dès le début de ma reconversion),












puis les Gorges du Verdon en Août, en faisant une halte chez Murielle, qui tient des chambres d'hôtes en Ardèche, et dont la personnalité et la façon de voir la vie va beaucoup m'influencer...

dimanche 18 avril 2010

Partir - Se mettre en disponibilité



Être mutés ailleurs ensemble, impossible.
Bricoler une magouille pour se faire passer pour malade, pas imaginable.
Restait une solution, le rapprochement de conjoint.
Et pour moi, la mise en disponibilité. Rassurante pour moi et pour les banquiers: si j'échoue dans mon entreprise, je retrouve un poste d'enseignant assuré.
La simplicité même: demander à être mis en disponibilité pour création d'entreprise en début d'année, se domicilier dans le lieu enchanteur que j'allais trouver, ma femme fait sa demande de mutation pour rapprochement de conjoint, hop +150 points, mutation acceptée, en juillet nous sommes de nouveau ensemble, ailleurs.

Mais ce n'était pas encore assez complexe pour l'administration, car pour demander une mise en disponibilité, non seulement il y a un moment précis dans l'année pour le faire, mais en plus ce type de disponibilité peut être refusée...

Voici donc la procédure:
- En janvier je dépose une demande de mise en disponibilité, éventuellement accordée pour le mois de septembre suivant.
- Malgré la situation des Hauts-de-Seine, département déficitaire en profs, l'inspecteur est bien luné quand il prend en main mon dossier, et accepte de me placer en disponibilité à partir du 1er septembre
- Ma femme dépose une demande de mutation pour rapprochement de conjoint vers le mois de novembre
- Elle doit fournir un justificatif de notre séparation physique, autrement dit entre septembre et mars je dois avoir trouvé LE lieu, l'avoir acheté, avoir obtenu un prêt et pour l'achat et pour l'aménagement de gîtes, tout ça sans salaire puisque placé en disponibilité. D'ailleurs, toutes les aides favorisant la création d'entreprise ne me sont pas offertes puisque fonctionnaire...
- Je trouve, achète, aménage cette propriété (c'est le fameux sketch de Bigard, la chauve-souris...) et ai une belle boîte à lettres à mon nom.
- Pendant ce temps-là, avec un seul salaire, ma femme gère tout, le quotidien, les filles, les factures, tout va bien, avec ses 1600 € de salaire c'est sans aucun souci...
- Chauve-souris toujours, son barème et les points de rapprochement de conjoint font que sa demande de mutation est acceptée.
- Il ne reste plus qu'à demander une école dans le nouveau département. Bon, tous ses points sont rayés de son dossier, elle va devoir certainement galérer 2 ans, 3 maximum en étant nommée sur plusieurs postes dans le département, mais c'est comme ça, au moins on a réussi !



Mais si on arrête d'être optimiste béat, si on tente l'hypothèse pessimiste et possible...
Et bien encore une fois on reste en prison dorée...

Premier coup de mou, premières leçons

Ce qui paraissait facile et rapide nous échappe donc. Notre appartement est en vente, mes idées sont déjà en Province, le monde de l'école est déjà loin et tout est remis en question.
De toutes façons, l'idée demeure et ce n'est que partie remise, l'appartement reste en vente, on peut en tirer un bon prix, du coup disposer d'un capital important, et on se trouvera une location en attendant de trouver la bonne affaire en Vendée.
Et puis, passée la déception, je me mets à réfléchir à l'emballement dont j'ai fait preuve, en me masquant les éléments négatifs liés à Baguenard. Je mûris mon projet, et je cherche à pérenniser cette future activité afin qu'elle me permette d'en dégager un bénéfice suffisant pour vivre. En bouquinant, deux faits apparaissent:
1. Ce n'est pas compliqué de louer 8 semaines en été; ça l'est beaucoup plus d'attirer des gens le reste de l'année.
2. Ce n'est pas compliqué de louer une première fois; ça l'est davantage de donner envie aux gens de revenir.

Et à Baguenard, les touristes ne seraient peut-être pas revenus. Comme il est difficile de se mettre dans la tête des autres sans faire une enquête minutieuse, je me fie à ce que nous recherchons quand nous partons dans un gîte:
- Du silence
- Un lieu joli
- Du confort pratique
- La possibilité de se mettre en slip sans être sous le regard d'autres personnes...
Donc, pas de bruits aériens, donc pas de mitoyenneté ni de trop grande proximité, donc un aspect extérieur qui ne soit pas un vulgaire crépi. Tout l'opposé de Baguenard. Le seul aspect positif finalement, à part le prix, jamais revu pour un tel complexe ! c'est un grand gîte sur les trois, capable d'accueillir des groupes, une petite dizaine de personnes.
C'est intéressant la location à des groupes. Il y a peu de structures qui soient prévues pour dix personnes ou plus. On peut y venir à deux familles, trois familles, qui divisent du coup le prix de la location. On peut toucher des groupes réunis par intérêt, une association, des amateurs de musique, peinture, yoga... Ça c'est un critère à retenir.
D'ici là, les grandes vacances approchent, et l'appartement est vendu. Passage chez le notaire en septembre, déménagement dans la foulée, location temporaire dans un grand F2 ou petit F3, le gros de nos affaires, on le stockera en attendant chez la famille.

samedi 17 avril 2010

Partir - Instit dans un autre département

Bien avant l'envie de changer de voie, nous avions eu envie de changer de département d'exercice, marre du bitume, marre des transports, marre du gris et du froid. Facile, on va faire une demande de mutation.

Une fois son concours obtenu, on est affecté dans le département dans lequel on a passé ce concours, en l'occurrence pour nous les Hauts-de-Seine. On peut chaque année demander à être nommé dans une autre commune du 92, si toutefois on a un nombre de points suffisant. Plus les communes sont calmes plus il faut de points pour espérer y être nommé. Un débutant a plus de chances d'être nommé sur un poste à Gennevilliers qu'à Marnes-la-Coquette.
Souvent les premières années, et même plus longtemps on n'a même pas assez de points pour avoir un poste définitif; on a alors un poste provisoire: dans le meilleur des cas fin juin, sinon début septembre on est nommé pour une année dans une école, ou dans plusieurs écoles à la fois, des mater les lundi-mardi, un CE2 le jeudi et un CP le vendredi par exemple...

Pour changer de département, on parle de mutation. Là aussi, un système de points permet de voir sa demande aboutir ou non.
Naïfs et faisant complètement confiance à notre cher ministère, nous nous renseignons sur la possibilité de pouvoir aller travailler dans une prairie plus verte. On dépose une demande de mutation conjointe, et grâce à des outils de calcul de points en ligne, sur le site des syndicats, on calcule notre barème:
À l'époque, 5 ans d'ancienneté, rapprochement de conjoint, pas concernés, enfants à charge, oui, mais ça ne compte que pour un rapprochement de conjoint, ... calculer... 30 points. Ok.
Tiens, sur ce même site, les statistiques des mutations des années passées, jetons un oeil, on va voir où on peut aller avec 30 points:


 Gasp... Avec 30 points, on peut aller dans le Haut-Rhin, le Val-de-Marne ou le Val d'Oise...

Très naïfs et aveuglément confiants dans cette grande maison qu'est l'école, on se dit qu'on est encore débutants, il va falloir attendre quelques années, c'est normal.
Retour sur le site, on va faire une simulation de points, disons avec 15 ans d'ancienneté, donc dans 10 ans:
Calculer...
83 points........
Là on ouvre les yeux, on devient méfiant, défiant, on se dit qu'on est dans une prison dorée, et que seules deux solutions s'offrent à nous si on veut aller exercer ailleurs:
1. Tomber malade, ou se faire passer pour malade, 500 points
2. Se séparer, l'un de nous deux se débrouille pour aller dans un autre département, du coup demande de rapprochement de conjoint, 150 points.

Conclusion, même en se séparant physiquement, même en s'arrangeant je ne sais pas comment pour que l'un de nous deux parte en Province (ce qui laisse une chance quasi nulle en restant dans ce métier), même en bricolant ainsi rien ne nous garantit d'être de nouveau ensemble l'année suivante.

Prison dorée... Ah les vacances, la sécurité de l'emploi, quelle chance on a !

mardi 13 avril 2010

On a failli acheter - 1/4

On se met à chercher des terrains en Vendée, maison d'habitation + dépendances à mettre en location. Pas évident. 400 000 € au bas mot, rien d'époustouflant...
Quand un jour on trouve.
Vouvant, seul plus beau village de France de Vendée, 1 maison d'habitation avec 4 chambres, 3 gîtes, une piscine, 6000 m² de terrain... pour 260000 euros ! Vache ! Les vendeurs sont anglais, et veulent repartir en Angleterre pour s'occuper d'une aïeule.

Je me rencarde un peu, vois le terrain de haut, Google maps et cadastre, demande des précisions quant aux charges, commence à faire un ersatz de budget prévisionnel, ça colle !
On connaissait déjà Vouvant pour y être passé, sa forêt, ses vestiges, sa légende de la la fée Mélusine, village de peintres... Impeccable !


Dans la foulée, j'apprends l'existence d'un autre gîte à vendre, ou plutôt deux gîtes créés il y a peu par un couple dont la femme vient de tomber malade, ils arrêtent leurs projets...
Ce gîte sera notre point de chute avec l'idée de peut-être l'acheter, et nous irons visiter le grand domaine avec ses 3 gîtes.
Les enfants confiés, on part en Vendée. Les deux gîtes en vente vont se révéler trop petits, bien rénovés, bien décorés, mais pas de maison d'habitation et un terrain de 2000 m²... trop juste.
Le lendemain de notre arrivée, on visite la propriété du lieu-dit "Baguenard". N'ayant pas bien repéré l'adresse par satellite, on galère à trouver. Au bout d'un chemin on croit être arrivé au paradis: vastes étendues d'herbe, vieilles bâtisses, déco sympa, paysage vallonné...  Mais une fausse route, on nous aiguille vers une propriété avec un gîte, en vente, tenu par des Anglais. En effet on trouve cette propriété, superbe, très luxueuse, mais pas la bonne adresse. On visite quand même, la maison, le gîte, sauna, jacuzzi, 2 Ha de terrain... Pour 299 000 € ! Intéressant, mais on a mieux à visiter !

Enfin on trouve la bonne adresse, de l'autre côté d'un pont construit par Gustave Eiffel, en bordure d'une départementale assez fréquentée. Pas grave, me dis-je, je planterai des espèces végétales réputées pour atténuer le bruit. Le bruit m'a toujours gêné, c'est atavique, mon père était chanteur classique et hyper-sensible aux nuisances sonores, j'ai de bons restes... Ça deviendra d'ailleurs un critère de recherche primordial par la suite.

Des Anglais sympas, une grande maison mal décorée, deux gîtes loués sur les trois, une piscine dont le revêtement et les abords sont à refaire, 1500 m² de terrain sur les 6000 en pente, en friches, inaccessibles...
Les gîtes sont pratiquement mitoyens, est-ce vraiment une disposition qui correspond à l'idée que j'ai des vacances, calme, intimité ? Pas vraiment... Mais le tout est donné ! Notre appartement à Houilles, de 65 m², on peut le vendre au bas mot 200 000 euros ! Alors on fonce...aveuglément.

On fait appel à une entreprise locale, des Anglais aussi, cette région de Vendée est truffée d'Anglais

Devis de 100 000 euros pour modifier, abattre, construire... Ok, on marche.

Dans la foulée on décide de mettre en vente notre appartement à Houilles, je bricole une pancarte accrochée dans la rue, on parle de nos projets aux filles, à nos parents, ça y est le changement de vie est sur les rails !

On est alors en avril 2010, et c'est le début de la crise. Si ça continue, l'euro ne vaudra pas grand chose face aux monnaies extra-européennes, comme la livre sterling. Les propriétaires prennent peur. Eux qui avaient commencé à vendre pour un montant de 400 000 euros, qui ont beaucoup baissé le prix, s'imaginer en obtenir encore moins une fois les euros convertis, c'est trop pour eux. On apprend qu'ils préfèrent vendre à des Anglais, en cash et en livres sterling.

D'un coup le rêve s'écroule. Non, ce n'est pas possible ! Impensable ! On va trouver une solution !!
On contacte l'agent immobilier bilingue, rien à faire; je contacte ma mère, bilingue aussi, en lui disant de jouer sur la corde sensible, et le cas échéant de dire qu'on peut proposer un montant supérieur.... Ma mère veut bien appeler. De longues minutes s'écoulent avant qu'elle nous joigne: Les propriétaires nous trouvent sympa, aimeraient qu'on réalise notre projet, mais  la crise, la crise... Ils sont désolés mais vont vendre à d'autres Anglais, pas à nous.
















mercredi 10 février 2010

Mon premier projet

Quand je réalise avec entrain que louer des gîtes ruraux sur mon terrain en province est THE idée pour enfin tourner la page, on est en février 2010. Je travaille alors en Grande Section dans une école à Nanterre.
Les gîtes, ça ne fait pas longtemps que je les ai découverts. Mais nos premières vacances dans ce gîte m'ont laissé une véritable envie de créer un tel lieu. Ce gîte, son terrain, ses aménagements fondent la trame de ce que je veux faire.
Des vieilles pierres à l'extérieur, le confort à l'intérieur, la vue sur les collines, (indispensable pour moi, qu'est-ce que j'ai pu rêvasser, admirer, me ressourcer avec cette vue), une mini-ferme, des aménagements prévus pour le gîte puisse être accessible aux personnes en fauteuil roulant, un jardin de fleurs superbe, et de l'espace...
J'achète un premier bouquin, Ouvrez un gîte rural . Premières infos sur la rentabilité, le statut juridique et fiscal, les cotisations sociales, les financements... Emballé par le projet, je mets de côté ces aspects qui pour moi sont un dialecte incompréhensible, pour m'attacher à des détails pratiques et à ma portée, dans ma "zone proximale de développement", comme on dit avec simplicité dans le monde de l'école, aménagements pratiques, référencement, création d'un site Internet, mobilier et décoration...
Ma femme est emballée, on fait des plans sur la comète, 3 gîtes, une roulotte, une piscine, une salle de réception avec cuisine, un parc paysager, on rêve, ça fait du bien.

Reste à trouver le lieu

samedi 6 février 2010

Lux

Un jour, l'idée.

Je me souviens de l'état de béatitude, du sentiment de puissance, que j'ai pu ressentir à ce moment là.

Tout était clair.

Une activité où je puisse exercer ce que j'aime faire, dans plein de domaines sans être un expert dans aucun d'eux.
Une activité dans laquelle je suis mon "patron". Pour laquelle si je décide d'y consacrer 60h par semaine, le résultat financier en découlera.
Une activité à mener de chez moi, chez moi.
Une activité saisonnière, très accaparante une moitié de l'année, plus relax l'autre moitié.
Une activité mêlant rapport aux autres et activités solitaires.
Une activité sujette à des développements, des innovations concrets.
Une activité qui va me laisser du temps pour moi et pour les miens.
Une activité qui va enfin pouvoir permettre à la famille de quitter la petite couronne parisienne et de retrouver l'horizon.
Une activité pas forcément lucrative, mais avec tellement d'avantages que je laissais un peu de côté ce bémol alors que tout le reste m'enthousiasmait.

J'allais créer, aménager, décorer, embellir, proposer, gérer et développer un ensemble de gîtes ruraux à la campagne.

Le premier pas était fait. Le reste viendrait.

vendredi 15 janvier 2010

Que faire ?

Prof... et après ? - De la Zep aux Étoiles
Quand on est prof, il n'y a pas beaucoup d'évolution possible. Devenir conseiller pédagogique. Devenir inspecteur, devenir prof ailleurs ou directeur. Bon, ça on oublie, l'école va de plus en plus mal, je ne m'y sens pas bien, aucun plaisir, aucune envie, aucun sens. Sauf à être masochiste, cherchons ailleurs.

Depuis quelques années on a un outil à disposition, nous les profs, qui s'appelle iProf. Grâce à iProf, on peut voir dans quelle école on est nommé (enfin, il faut attendre le 15 septembre pour la mise à jour), on peut voir ses états de congé, on a une boîte mail dans laquelle on reçoit plein de documents très intéressants (mais ces paresseux de profs n'y vont pas ! Du coup, on leur écrit un mail sur leur mail perso pour leur dire qu'il y a des documents importants à lire dans leur boîte mail pro...)
On peut aussi y lire si on est marié, le prénom, 2e prénom et date de naissance de nos enfants, notre adresse, nos numéros de téléphone, on y est très bien fichés. Et puis il y a un onglet "Vos perspectives" et "Autres parcours" Là on apprend que l'on peut être détaché dans un autre ministère.
Le souci, c'est qu'on est prof. Et autant un comptable qui bosse à l'Intérieur, et ben il peut exercer son métier dans tous les autres ministères, autant celui qui est prof...
Je peux repasser des concours pour travailler dans l'administration. Mais un concours ça demande du temps de préparation, les congés-formation sont accordés au compte-goutte, et puis travailler pour un chef, si je peux éviter je ne choisis pas cette voie.

De plus, qu'ai-je appris en dix ans d'enseignement qui soit utile dans un autre métier ? Quelles compétences professionnelles ai-je acquis que je puisse réinvestir ailleurs que dans une classe ? Rien de probant...

Dans quel(s) domaine(s) suis-je pointu ? Aucun. Je bricole dans beaucoup de domaines, j'adore ça d'ailleurs, mais rien que je maîtrise à un niveau me permettant de prendre cette voie.

Viennent le découragement, la déprime, la boisson, le sentiment d'être nul, une petite voix qui vient souvent me traiter de fainéant, ou d'égoïste qui ne voit pas la chance qu'il a d'avoir un emploi garanti, de faire le plus beau métier du monde, avec autant de vacances, etc. etc.

Se sortir de ce marasme, pour soi avant tout. Sortir de cette torpeur anesthésiante qui fixe sur la chaise, incapable d'avancer tellement on doute. Écouter la faible voix qui pousse à croire en soi, à cesser d’aligner arrêt maladie sur arrêt maladie avec tout ce que ça comporte de culpabilité et de mensonge, que je déteste.
S'en sortir pour les siens aussi, qui s’éloignent, se figent, s'interrogent...

dimanche 10 janvier 2010

Quel travail pour quelle vie ?

Tripalium
Est-ce du pur utopisme que de vouloir une vie intéressante, riche, consacrée aux siens et à soi ?
Souffrir dans le travail de manière inéluctable (travail<tripalium...) est-ce vraiment imparable ?

Je n'ai jamais voulu croire ça. Et le côté souffrance obligée, ce n'est pas ma culture.



Chaque fois que je dois prendre les transports en commun de façon régulière, chaque fois je bous, chaque fois je je me demande comment font ces gens pour demeurer impassible alors qu'ils sont collés aux autres, debout, tous les matins et tous les soirs, qu'ils vont arriver à 19h passées chez eux, comment prennent-ils du temps avec leurs enfants ? Ou leur boulot les passionne, ou il leur laisse leur temps privé entièrement consacré à des affaires privées, ou leur temps consacré au boulot dure moins longtemps que leur temps qu'ils se consacrent à vivre. Trois critères, inopérants avec le métier d'instit. Trois critères qu'il serait jouissif de réunir dans une autre activité professionnelle.

Enfin, on apprend à se connaître quand on avance dans la vie. Tantôt sociable, accueillant, empathique, je suis à d'autres moments misanthrope, solitaire et égocentrique...
Y a-t-il une activité que je vais pouvoir mener, une activité qui me rendrait heureux ?

samedi 9 janvier 2010

Amer constat

école = prison dorée
10 ans que je suis prof des écoles. Et seulement un an que j'ai ouvert les yeux sur l'absolue nécessité de changer de métier. Pourtant, j'aurais pu m'en apercevoir beaucoup plus tôt.

Prof pour moi, c'était un métier de liberté et de mise à profit de tout ce que la vie peut offrir. Liberté de choix pédagogiques, liberté de supports, liberté offerte par l'emploi du temps, que j'allais consacrer à occuper de mille et une façons dans mille et un domaines. J'ai toujours été éclectique, curieux, je pensais à l'instar d'anciens instits avoir la chance de m'enrichir tout en enrichissant ma pratique professionnelle.
Après quelques erreurs de parcours, j'ai adoré mes trois années à la Sorbonne en Lettres Modernes, à découvrir des mondes inconnus, à avoir du plaisir à apprendre, à vibrer dans l'analyse des textes, qui souvent m'apparaissaient sublimés quand la complexité de l'intention s'ajoutait à la beauté de la forme. Texte et tissu partagent la même origine sémantique m'avait-on expliqué. Une vraie jouissance intellectuelle.

Mais dès la première année de formation au concours de recrutement des professeurs des écoles, mon enthousiasme a vacillé. Qui nous formait ? Des profs qui n'avaient jamais mis les pieds dans une école primaire, des profs psychologiquement fragiles, des profs sans aucune humanité. Qu'est-ce qu'on y apprenait ? Le récit de cette vieille prof du temps où sa grand-mère lui lisait des livres au coin du feu, récits qui s'éternisaient... On y préparait des exposés de synthèse de bouquins, à diffuser aux autres étudiants sans aucun retour du "prof"... On y passait de longues heures à déchiffrer le logo d'M6, si si... Il fallait être calé sur la nomenclature des erreurs d'orthographe, adopter et utiliser à bon escient le jargon, se faire chier en définitive, avec 2h de transports par jour, moi qui ai toujours rêvé de travailler chez moi. Du coup j'ai quitté l'IUFM, estimant à raison que je serais plus efficace en révisant à la maison.

Mais bon, ça restait de la théorie, le terrain allait venir, patience.

Le concours en poche, le terrain est venu. Premier stage, premier maître d'accueil. Je garde une phrase en mémoire :"Si on veut faire son boulot de prof consciencieusement, on finit alcoolique ou en hôpital psy" Il ne se sera pas trompé, j'ai frôlé les deux alternatives...

Puis la première fois seul maître à bord, en stage avec des CE2/CM1. J'ai bossé comme un dingue, fiches de préparation, cahier-journal, progressions, programmations, la totale. J'ai eu un très bon rapport de stage, qui, passé un moment de fierté, ne m'aura servi à rien, ou plutôt aurait eu les mêmes conséquences que si j'avais eu un rapport de stage passable.

La deuxième année validée, j'ai la "chance" d'avoir un poste définitif en ZEP à Nanterre. Bardé de belles théories, motivé pour y arriver, je déchante rapidement. Le premier jour, un élève n'apprécie pas ma demande de se taire, balance son bureau sur le tableau et se barre dans les couloirs. J'apprends que j'"hérite" d'une classe d'anciens CE1 terrorisés par leur maître de l'année passée, dont le niveau est catastrophique. Et j'apprends, beaucoup. J'apprends que mettre au courant des familles du comportement de leur gamin n'engendrera pas une discussion familiale posée, mais des coups de ceinture. Je me fais taper, mordre, on me confie des élèves d’autres classes, que je dois ceinturer pour éviter qu'ils ne s'échappent et n'aillent déclencher l'alarme incendie puisqu'à part les enseignants dans leur classe il n'y a aucun autre adulte dans l'école. Ma directrice de l'époque demande à jour à l'inspecteur de faire quelque chose, que l'équipe n'a plus d'énergie. "Mangez du nougat, c'est énergétique" lui répond ce dernier...
Je me défonce à trouver d'autres méthodes, de Fernand Oury à Freinet, en passant par la PMEV... Je perds du poids, je n'ai pas le temps, mais pas le temps du tout de jouer du piano, de m'occuper de ma première fille, d'avoir une vie de couple qui se détruit, rien.

Dans les années qui suivront, mis à part une plus grande maîtrise des gestes et des attitudes, j'aurai bossé, énormément, pour rien. Un site Internet, une classe de découvertes auto-gérée, puis une autre, des essais, des lectures et puis marre. Le temps passe, je me mets à boire, je n'ai plus d'optimisme, il me paraît impossible de passer toute ma vie à faire ce boulot. De plus, ma hiérarchie ne m'encourage pas, s'en fout, les élèves viennent voler des affaires dans ma classe, les réunions deviennent de plus en plus nombreuses, animations pédagogiques obligatoires, conseils des maîtres, conseils de cycle, conseils d'école, réunions de synthèse, aide personnalisée, évaluations... Tout ça pour voir son salaire augmenter de 100€ tous les trois ans ! Et cela qu'on fasse un boulot excellentissime ou qu'on en foute le moins possible !!

Sécurité de l'emploi... On la paye cher cette sécurité ! Impossible de se faire muter en province, surtout quand son conjoint est aussi dans l'enseignement, doit-on comme ça se fait divorcer, demander une mutation, peut-être l'avoir, se remarier pour demander un rapprochement de conjoint ? Tout ça n'est plus vivable. Il faut du changement.

Oui, mais changer, facile à dire ...